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auto…, automate, automatique, automatisme (Lalande 1956)

auto…, automate, automatique, automatisme (Lalande 1956)

LALANDE, André. 1956. Vocabulaire technique et critique de la Philosophie. Paris: P.U.F, pp.98-100.

AUTO… (du G. [grego: “aútós”], soi-même, lui-même, et non un autre. Soi-même, pronom réfléchi, se dit [grego: “éautóv”], ou par contraction [grego: “aútóv”]. Mais il y a quelquefois confusion des deux sens dans les dérivés d'[grego: “aútós”])
Préfixe employé à la formation d’un nombre indéfini de termes oú entre cette idée. Par exemple: “Les Anciens… avaient défini l’âme une chose soi-mouvante. Cette automotivité de la représentation est, comme apparence, absolument incontestable.” HAMELIN, Sur la volonté, la liberté et la certitude chez Renouvier, Revue de Métaphysique, novembre 1919.

AUTOMATE (du G. [grego: “aútómatos”], adjectif); au sens général, qui agit de soi-même, spontanément; mais le sens moderne existe déjà chez Homère (portes qui s’ouvrent d’elles-mêmes, trépieds qui se déplacent par un mécanisme intérieur). Le substantif [grego: “aútómatov”], au même sens, se trouve chez Aristote et chez Héron, dont le traité Des Automates en a répandu l’usage. Mais chez Aristote, [grego: “tò aútómatov”] désigne presque toujours le hasard. – D. Automat; E. Automaton; I. Automa, automato.
Appareil imitant par un mécanisme intérieur les mouvements d’un être vivant. – Par suite, l’être vivant lui-même, en tant qu’il est considéré comme un système contenant en soi toutes les causes qui le déterminent: “Ainsi chaque corps organique d’un vivant est une espèce de machine divine ou d’automate naturel qui surpasse infiniment tous les automates artificiels.” LEIBNIZ, Monadologie, SS64.
Cf. DESCARTES, Traité de l’homme, ad finem; SPINOZA, De emendatione intellectus (Ed. Van Vloten, I, 27) et KANT, Krit. der praktischen Vern., Examen critique de l’Analytique, SS10 et SS14, où il discute le rapport de la liberté à l’automatisme de l’esprit, en tant que phénomène.

AUTOMATE et AUTOMATISME. – BONITZ relève trois sens d'[grego: “aútómatos”] chez Aristote: 1o Le hasard, par opposition soit à la nature (ce qui a lieu toujours, ou du moins en règle générale), soit à la volonté réfléchie ([grego: “ápò taútomátou spãv”], agir au hasard – [grego: “eixñ”]; Rhét. 1354a10); 2o le spontané par opposition à l’art, à l’artificiel: certaines maladies incurables par l’art médical guérissent quelquefois [grego: “aútomátws”]. “Génération spontanée” ([grego: “yéveris aútómatos”]) se rattache à la fois à ces deux sens: c’est une génération irrégulière, échappant aux lois ordinaires de la reproduction, en latin generation aequivoca; – 3o les automates, à la manière de Héron d’Alexandrie. (A.L.)
L’équivoque de ce mot se perpétue, d’abord en raison de l’arbitraire qu’il y a à prétendre délimiter dans l’espace et dans le temps “un tout pratiquement isolé”; un automate de Héron ou de Vaucanson ne naît pas par génération spontanée, et il faut de temps à autre en remonter le ressort. Ensuite, par l’appréciation, tantôt laudative, tantôt péjorative qui s’attache à l’automatisme: si l’on parle de la répression automatique de tel ou tel délit, cela peut vouloir dire: sûre, sans omission ni compromis; – ou bien: sans nuances, sans considération des circonstances ou des individus. – Si de nos jours automate est généralement péjoratif, c’est qu’on applique le terme aux seuls êtres conscients, par comparaison avec les seuls mécanismes sommaires et grossiers que nous sachions encore fabriquer. Dans les appareils qui n’ont qu’une finalité simple et bien définie, comme par ex. le téléphone, l’automatisme est au contraire une perfection: plus de méprises, plus de caprices, plus de distractions. Mais d’autre part cette supériorité même devient une infériorité aux eux de ceux qui voient dans le caprice et l’erreur, au même titre que dans l’invention et le progrès, la marque de la liberté. C’est ainsi qu’on reproche traditionnellement au machinisme: 1o de substituer des automates à des êtres conscients qui deviennent superflus; 2o de faire servir ces automates par des êtres conscients; 3o de transformer à la longue ces derniers en automates. Mais l’être conscient s’enorgueillit: 1o de créer des automates; 2o de leur commander; 3o de devenir un automate, comme un bon comptable qui va aussi vite sans faire plus de faute que la machine à calculer. – Ce qui est en jeu dans ces équivoques, c’est la nature même de la liberté et de l’individualité. (M. Marsal.)

AUTOMATIQUE (du G. [grego: “aútómatos”];voir ci-dessus); D. Automatish; E. Automatic; I. Automatico.
A. Étymologiquement, se dit des mouvements dont la cause est intérieure à l’être qui se meut, considéré comme un tout pratiquement isolé. Une régulation est appelée automatique si elle résulte des variations mêmes qu’elle a pour objet de corriger. – “On dit souvent automatique au sens de mecanique ou de machinal. Je propose de réserver ce mot, qui fait double emploi dans cette acception trop générale, pour les mécanismes qui fonctionnent sans qu’une volonté intelligente ait à intervenir une fois qu’ils sont mis en train.” E.GOBLOT, Class. des sciences, 167. Cf. Logique, 355.
B. Caractère des phénomènes qui présentent une régularité bien déterminée. L’automatisme, en ce sens, s’oppose à l’indetermination, au caprice ou à la volongé en tant que celle-ci implique, même pour le déterminisme, une grande variété dans les réactions possibles en face des circonstances données.
CRITIQUE: Les deux significations peuvent se dissocier: c’est ainsi qu’on dira d’un réflexe au sens B, qu’il est automatique, tandis qu’on l’oppose au contraire à l’automatisme au sens A. Cependant, l’usage le plus général est d’appliquer ce terme aux phénomènes qui présentent à la fois les deux ordres de caractère. Tel est l’usage qu’en ont fait SPINOZA et LEIBNIZ, en disant de l’âme humaine qu’elle est un automate spirituel: “Comme le foetus se forme dans l’animal, comme mille autres merveilles de la nature sont produites par un certain instinct que Dieu y a mis, c’est-“a-dire en vertu de la préformation divine qui fait ces admirables automates, propres à produire mécaniquement de si beaux effets; il est aisé de juger de même que l’âme est un automate spirituel encore plus admirable.; et que c’est par la préformation divine qu’elle produit ces belles idées où notre volonté n’a point de part… L’operation des automates spirituels n’est point mécanique, mais elle, contient éminemment ce qu’il y a de beau dans la mécanique.” LEIBNIZ, Théodicée, SS403. – De même, M. Pierre JANET définit ce terme par les caractères suivants: “Prendre sa source dans l’objet même qui se meut et ne pas provenir d’une impulsion extérieure; rester cependant très régulier et soumis à un déterminisme rigoureux sans variations ni caprices.” L’Automatisme psychologique, p.2. Mais on doit en écarter “l’idée d’une activité purement mécanique”, ne consistant que dans le jeu “d’éléments étendus et insensibles”, ibid., p.2. – Cette définition s’accorde d’ailleurs avec celle de M.GOBLOT, qui n’exclut pas le mécanisme, mais y ajoute un caractère de plus.
Ch.RICHET a proposé de diviser ainsi les mouvements:
a. Mouvements réflexes, déterminés par un stimulus extérieur;
b. Mouv. automatiques, déterminés par un stimulus intérieur qui n’est pas la volonté;
c. Mouv. machinaux, déterminés par la volonté, mais qui se continuent sans qu’elle intervienne;
d. Mouv. volontaires, déterminés par la volonté et se continuant par le fait de la volonté.” Ch. RICHET, L’Automatisme, dans RICHET, I, 945.
La définition “b” paraît trop étroite: par exemple, on appellerait automatique, bien plutôt que machinal, le travail de la réflexion ou de l’invention qui continue de lui-même après avoir été mis en train par la volonté et l’attention conscientes, ce qui est précisément la classe d’actes visés sous le nom d’actes “machinaux” “c”. En réunissant ces deux classes et en ajoutant à leurs caractères communs le caractère du déterminisme saisissable énoncé plus haut, nous appellerons donc Automatisme tout système de phénomenes qui se développent suivant des lois fixes et avec un caractère d’indépendance relative, sans intervention actuelle d’un stimulus extérieur actuel, ou de la volonté consciente.

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