{"id":1506,"date":"2023-03-31T03:59:47","date_gmt":"2023-03-31T03:59:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.laspa.slg.br\/?page_id=1506"},"modified":"2023-03-31T04:00:39","modified_gmt":"2023-03-31T04:00:39","slug":"estanho-em-simondon-2005-1958","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.laspa.slg.br\/en\/projetos\/a-agencia-social-dos-elementos-quimicos\/levantamentos-da-presenca-de-elementos-quimicos-em-livros\/estanho-em-simondon-2005-1958\/","title":{"rendered":"Estanho em Simondon (2005 [1958])"},"content":{"rendered":"<p>C&#8217;est une nouvelle physique qui prend naissance avec les Sto\u00efciens, celle du m\u00e9lange total; la conception platonicienne des \u00e9l\u00e9ments form\u00e9s de t\u00e9tra\u00e8dres r\u00e9guliers eux-m\u00eames constitu\u00e9s de triangles \u00e9l\u00e9mentaires, de m\u00eame que la conception aristot\u00e9licienne du lieu propre donnaient \u00e0 chaque corps une r\u00e9elle imp\u00e9n\u00e9trabilit\u00e9; un corps ne pouvait pas \u00eatre autre chose que ce qu&#8217;il \u00e9tait; de plus, le g\u00e9om\u00e9trisme m\u00e9caniste aboutit \u00e0 une repr\u00e9sentation de l&#8217;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des choses; chez Platon, tous les triangles \u00e9l\u00e9mentaires sont semblables, et les t\u00e9tra\u00e8dres de chaque \u00e9l\u00e9ment le sont aussi. Tout au contraire, les Sto\u00efciens adoptent une repr\u00e9sentation des corps singuliers tr\u00e8s diff\u00e9rente, et plus voisine de celle de la th\u00e9orie des \u00ab hom\u00e9om\u00e9ries \u00bb d&#8217;Anaxagore: un corps peut \u00eatre constitu\u00e9 par un m\u00e9lange absolument homog\u00e8ne et en proportions continues et quelconques d&#8217;un nombre quelconque d&#8217;\u00e9l\u00e9ments fondamentaux. Deux corps peuvent s&#8217;unir en se m\u00ealant par juxtaposition, comme on peut m\u00ealer des graines d&#8217;esp\u00e8ces diff\u00e9rentes, ou en se confondant en un, comme dans un alliage de m\u00e9taux; mais ils peuvent aussi se m\u00e9langer d&#8217;un m\u00e9lange total, de fa\u00e7on \u00e0 s&#8217;\u00e9tendre, sans rien perdre de leur<br \/>\nsubstance et de leurs propri\u00e9t\u00e9s, l&#8217;un \u00e0 travers l&#8217;autre, si bien qu&#8217;on trouve \u00e0 la fois ces deux corps en quelque portion que ce soit de leur espace commun. Il n&#8217;existe pas d&#8217;imp\u00e9n\u00e9trabilit\u00e9. Aristote au contraire supposait qu&#8217;une trop faible proportion de l&#8217;un des constituants d&#8217;un m\u00e9lange ou d&#8217;un alliage conduit \u00e0 l&#8217;\u00e9vanescence de celui des composants qui \u00e9tait ainsi en \u00e9tat d&#8217;inf\u00e9riorit\u00e9: <strong>l&#8217;\u00e9tain<\/strong> ajout\u00e9 en faible quantit\u00e9 au bronze (qu&#8217;Aristote consid\u00e9rait sans doute comme un m\u00e9tal pur) ne modifie pas ses caract\u00e8res, et change seulement la couleur. L&#8217;agent s&#8217;\u00e9tend ainsi \u00e0 travers le patient, l&#8217;\u00e2me \u00e0 travers<br \/>\nle corps, le logos \u00e0 travers la mati\u00e8re. Chaque corps singulier doit donc son individualit\u00e9 non pas \u00e0 sa structure g\u00e9om\u00e9trique interne ni \u00e0 sa place dans l&#8217;ordre de simultan\u00e9it\u00e9 des \u00eatres, mais bien au m\u00e9lange propre qui le caract\u00e9rise; il est idiosyncrasie au sens propre du terme; la s\u00e9rie temporelle des influences (au sens propre \u00e9galement) qu&#8217;il a subies est en lui comme constituant de son idiosyncrasie; toute son existence pass\u00e9e est r\u00e9ellement contenue en lui, de mani\u00e8re mat\u00e9rielle ou tout au moins corporelle. Pour<br \/>\nconna\u00eetre ce qu&#8217;est un \u00eatre singulier, il faut donc conna\u00eetre la s\u00e9rie des instants successifs de son existence dans le temps, ou tout au moins le drame des passions successives qui l&#8217;ont influenc\u00e9. Comme cette suite de passions est diff\u00e9rente pour chacun des \u00eatres, l&#8217;individualit\u00e9 d&#8217;un \u00eatre est constitu\u00e9e par sa singularit\u00e9; il existe en effet une qualit\u00e9 propre de chaque \u00eatre, qui est son \u1f30\u03b4\u03af\u03c9\u03bc\u03b1, correspondant \u00e0 l&#8217;idiosyncrasie. Cette qualit\u00e9 propre et en quelque sorte personnelle distingue toujours un objet de tout autre; c&#8217;est elle qui permet \u00e0 la \u03c6\u03b1\u03bd\u03c4\u03b1\u03c3\u03af\u03b1 d\u2019\u00eatre \u03c6\u03b1\u03bd\u03c4\u03b1\u03c3\u03af\u03b1 \u03ba\u03b1\u03c4\u03b1\u03bb\u03b7\u03c0\u03c4\u03b9\u03ba\u03ae, repr\u00e9sentation compr\u00e9hensive c&#8217;est-\u00e0-dire \u00abrepr\u00e9sentation imprim\u00e9e dans l&#8217;\u00e2me, \u00e0 partir d&#8217;un objet r\u00e9el, conforme \u00e0 cet objet, et telle qu&#8217;elle n&#8217;existerait pas si elle ne venait pas d&#8217;un objet r\u00e9el \u00bb, d&#8217;apr\u00e8s Z\u00e9non. Cette repr\u00e9sentation compr\u00e9hensive produit la perception vraie avec la m\u00eame n\u00e9cessit\u00e9 qu&#8217;un poids fait baisser le plateau d&#8217;une balance. La connaissance est cette relation d&#8217;un objet, r\u00e9el et reconnu comme r\u00e9el \u00e0 cause de sa singularit\u00e9 individuelle, \u00e0 un sujet \u00e9galement r\u00e9el et individuel. Dans cette th\u00e9orie, la relation, que ce soit celle qui constitue la connaissance ou n&#8217;importe quelle autre, a valeur d&#8217;\u00eatre, car elle est uniquement corporelle, et elle modifie mat\u00e9riellement les termes; elle n&#8217;est pas un simple rapport; elle s&#8217;inscrit de mani\u00e8re d\u00e9finitive dans les termes en devenant partie int\u00e9grante de leur idiosyncrasie. L&#8217;\u00e9laboration intellectuelle ne peut consister que dans l&#8217;acte de saisir l&#8217;objet sensible; on ne peut qu&#8217;abstraire, ajouter, composer, transposer, sans jamais sortir des donn\u00e9es sensibles (Diocl\u00e8s, chez Diog\u00e8ne La\u00ebrce, VII, 54, Arnim, II, n\u00b0 105 ; Epict\u00e8te, Dissertations, l, 6, 10. Cit\u00e9 par E. Br\u00e9hier). Les propositions ainsi obtenues n&#8217;expriment point de rapport entre des concepts; leur sujet est toujours singulier, et l&#8217;attribut est toujours un verbe, c&#8217;est-\u00e0-dire quelque chose qui arrive au sujet. La mati\u00e8re de la dialectique, ce sont des faits \u00e9nonc\u00e9s de sujets singuliers. Le syllogisme est un rapport entre des faits dont chacun est exprim\u00e9 par une proposition simple, et dont le rapport est exprim\u00e9 par un jugement compos\u00e9. La liaison logique s&#8217;exprime toujours comme une liaison constat\u00e9e entre des faits et \u00e9nonc\u00e9e par le langage. Cette notion de fait qui gouverne toute la philosophie sto\u00efcienne est d&#8217;une importance extr\u00eame pour la conception de l&#8217;individu: l&#8217;individu est l&#8217;\u00eatre qui r\u00e9sulte d&#8217;une s\u00e9rie de faits qui s&#8217;organisent en drame; il n&#8217;y a plus en l&#8217;individu distinction entre une substance et des accidents: l&#8217;\u00eatre est ce qu&#8217;il est, ou plut\u00f4t ce qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9; le fait d&#8217;\u00eatre ce qu&#8217;il \u00e9tait ne se r\u00e9f\u00e8re plus du tout \u00e0 une quiddit\u00e9 permanente, mais \u00e0 la nouveaut\u00e9 d&#8217;un drame ind\u00e9fini. L&#8217;individu est l&#8217;\u00eatre constitu\u00e9 par un drame singulier, et qui accumule en lui dans son idiosyncrasie la substance de tous ces \u00e9v\u00e9nements, de toutes ces relations qui se transforment en \u00eatre parce qu&#8217;elles sont corporelles. Il n&#8217;existe que des faits, et l&#8217;individu est non seulement le r\u00e9sultat, mais le produit corporel d&#8217;une s\u00e9rie de faits; il est comme du temps condens\u00e9 en corps; la relation est dans cette vision du monde un \u00e9change d&#8217;\u00eatre, un apport d&#8217;\u00eatre, un m\u00e9lange total. En toute rigueur, la notion de substance, au sens hell\u00e9nique, est d\u00e9truite car tout accident apporte de la substance qui s&#8217;incorpore par m\u00e9lange \u00e0 la substance d\u00e9j\u00e0 existante. Spiritualisme et mat\u00e9rialisme co\u00efncident dans cette doctrine, car on peut consid\u00e9rer le m\u00e9lange total comme un type de relation valable aussi bien pour deux mati\u00e8res que pour une mati\u00e8re et un principe spirituel: la relation entre un corps passif et un corps actif pr\u00e9figure celle d&#8217;une \u00e2me et d&#8217;un corps, que l&#8217;\u00e2me soit con\u00e7ue comme corporelle ou incorporelle; son r\u00f4le est en effet celui de l&#8217;activit\u00e9 partout r\u00e9pandue gr\u00e2ce au m\u00e9lange total, et non celui d&#8217;une passivit\u00e9, qui est d\u00e9volu au corps. Cette th\u00e9orie fait de l&#8217;individu un fait ou un r\u00e9sultat d&#8217;une s\u00e9rie de faits; elle lui donne une absolue singularit\u00e9, mais lui enl\u00e8ve le retour sur soi comme capacit\u00e9 active de se cr\u00e9er et de se d\u00e9finir. L&#8217;individu devient le sujet d&#8217;\u00e9tats plut\u00f4t que d&#8217;actes; son activit\u00e9 est un r\u00e9sultat de la relation plut\u00f4t qu&#8217;une initiative; car l&#8217;individu n&#8217;est vivant que dans la mesure o\u00f9 il peut accueillir encore d&#8217;autres faits et d&#8217;autres \u00e9v\u00e9nements qui viendront m\u00ealer de nouveaux apports \u00e0 sa substance. Il est perp\u00e9tuellement lui-m\u00eame et autre que lui-m\u00eame; de l\u00e0 r\u00e9sulte dans l&#8217;\u00e9thique une sorte de d\u00e9doublement de l&#8217;\u00eatre par rapport \u00e0 lui-m\u00eame; il y a l&#8217;individu en tant que singularit\u00e9, et il y a aussi ce qui advient \u00e0 l&#8217;individu; pourtant l&#8217;individu est bien fait de l&#8217;ensemble de ce qui lui est advenu; mais il se cr\u00e9e comme un privil\u00e8ge d&#8217;int\u00e9riorit\u00e9 en faveur de ce qui est d\u00e9j\u00e0 advenu dans le pass\u00e9 et fait \u00e0 ce titre partie de l&#8217;individu; aussi, le Sto\u00efcien est oblig\u00e9 d&#8217;introduire, pour fonder la th\u00e9orie \u00e9thique, une distinction brutale entre les choses qui d\u00e9pendent de nous et celles qui ne d\u00e9pendent pas de nous: \u03c4\u1f70 \u1f10\u03c6&#8217; \u1f21\u03bc\u1fd6\u03bd, \u03c4\u1f70 \u03bf\u1f50\u03ba \u1f10\u03c6\u1fbd \u1f21\u03bc\u1fd6\u03bd. Or, cette distinction est factice, car, dans le cosmos, tout est dans tout, et tout est li\u00e9; l&#8217;unit\u00e9 universelle est rompue pour les besoins de l&#8217;action ; il faut tracer des limites, \u00e0 la rigueur artificielles, \u00e0 l&#8217;individu de droit, \u00e0 l&#8217;individu qui acceptera d&#8217;\u00eatre responsable de lui-m\u00eame. Cette individualit\u00e9 de droit devient alors distincte de l&#8217;individualit\u00e9 de fait, qui est singuli\u00e8re et toujours en devenir; sur l&#8217;individu appara\u00eet la personne, le masque qui cr\u00e9e une statique du r\u00f4le, et transforme la s\u00e9rie temporelle en rapport de simultan\u00e9it\u00e9 entre diff\u00e9rents r\u00f4les constituant le drame; le mot m\u00eame de drame est \u00e0 double sens; car le drame, pour le spectateur non averti, est \u00e0 chaque instant chose nouvelle et apparition de p\u00e9rip\u00e9ties; mais pour les protagonistes et surtout pour l&#8217;auteur, cet ordre est en fait un ordre de simultan\u00e9it\u00e9; la n\u00e9cessit\u00e9 r\u00e9appara\u00eet au c\u0153ur m\u00eame du devenir. Aussi, la th\u00e9orie sto\u00efcienne, ne serait-ce que par la distinction entre ce qui d\u00e9pend de nous et ce qui ne d\u00e9pend pas de nous, introduit la notion d&#8217; \u1f00\u03b4\u03b9\u03ac\u03c6\u03bf\u03c1\u03b1, termes indiff\u00e9rents de l&#8217;action, ni bons ni mauvais, et qui ne permettent pas la d\u00e9cision motiv\u00e9e. La sagesse, au lieu d&#8217;\u00eatre l&#8217;ordonnance rigoureuse du devenir, devient un \u00e9tat, une sorte de fait; le dynamisme primitif se condamne et se d\u00e9truit luim\u00eame: d\u00e8s que le \u03c3\u03cc\u03c6\u03bf\u03c2 est arriv\u00e9 \u00e0 la connaissance, \u00e0 la sagesse, il est syntone par rapport au devenir, et cet accord ne cesse plus: il est uni de volont\u00e9 par rapport au cosmos qu&#8217;il accepte et d\u00e9sire; ce qui advient, il le veut. Mais cet \u00e9tat de syntonie ne peut \u00eatre atteint par degr\u00e9s, selon un progr\u00e8s dans le temps: l&#8217;accord se r\u00e9alise d&#8217;un seul coup. Le \u03c6\u03b1\u1fe6\u03bb\u03bf\u03c2 (<< le m\u00e9diocre\u00bb), trop d\u00e9tendu pour pouvoir r\u00e9sonner au rythme de l'univers, n'acc\u00e8de jamais \u00e0 la sagesse; il n'y a pas de degr\u00e9s dans l'acquisition de la sagesse: de m\u00eame que de petits chiens qui n'ont jamais vu le jour ne sauront jamais ce qu'\u00e9tait la lumi\u00e8re s'ils meurent avant d'avoir ouvert les yeux, de m\u00eame que le nageur qui a coul\u00e9 mais remonte presque jusqu'\u00e0 la surface se noie aussi mortellement sous un pied d'eau que par vingt brasses de fond, de m\u00eame l'homme qui n'a pas r\u00e9alis\u00e9 en lui la tension convenable pour r\u00e9sonner au rythme de l'univers reste un malheureux comme s'il n'avait jamais fait effort. Le m\u00e9rite et le progr\u00e8s n'existent pas pour l'individu dans cette philosophie qui assimile la sagesse \u00e0 un \u00e9tat, \u00e0 un degr\u00e9 de tension mentale. Alors que cette th\u00e9orie devrait conduire \u00e0 une affirmation du continu, l'\u00e9thique se concentre en une affirmation de l'essentielle discontinuit\u00e9 des \u00e9tats \u00e9thiques dans une inexorable loi de tout ou rien. L'\u00e9thique ne concorde pas parfaitement avec la physique, pour laquelle \u00ab le mouvement est \u00e0 chacun de ses instants un acte et non point un passage \u00e0 l'acte. \u00bb La difficult\u00e9 interne du Sto\u00efcisme r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette toute-puissance du fait, qui \u00e9voque la pens\u00e9e de la Bible; l'\u00eatre individuel ne trouve pas en luim\u00eame la raison de ses \u00e9tats successifs, car il est ce qui lui advient; ce qui lui advient s'incorpore \u00e0 son \u00eatre; ce qui n'existe pas, c'est le retour de causalit\u00e9 de l'\u00eatre sur luim\u00eame; cette pure singularit\u00e9 se d\u00e9double par rapport \u00e0 elle-m\u00eame; ce n'est que par rapport au masque du r\u00f4le que l'individu peut agir sur lui et se penser; la r\u00e9currence de causalit\u00e9 s'effectue par une voie ext\u00e9rieure, une voie que l'\u00eatre ne peut pas cr\u00e9er mais qui lui est donn\u00e9e; ce n'est pas lui qui la valorise; elle lui est d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9e comme valoris\u00e9e. Cet individu est fort \u00e9loign\u00e9 de la substantialit\u00e9 et de l'as\u00e9it\u00e9 de l'\u00eatre parm\u00e9nidien. On comprend comment cette doctrine a pu rencontrer et accompagner pendant longtemps ce qu'il y avait dans le Christianisme d'import oriental; on comprend aussi comment le Sto\u00efcisme a pu devenir la doctrine civique par excellence: la cit\u00e9 a besoin de la valorisation d'un fait; elle a besoin aussi du formalisme du r\u00f4le. La notion du pur et de l'impur, la notion de l'\u00e9lu et du r\u00e9prouv\u00e9, de l'\u00e9tat de p\u00e9ch\u00e9 et de l'\u00e9tat de gr\u00e2ce, vont de l'int\u00e9riorit\u00e9 du fait en tant qu'\u00e9tat \u00e0 l'ext\u00e9riorit\u00e9 du formalisme rituel; or, il ne peut y avoir \u00e0 proprement parler de formalisme pour les Sto\u00efciens: toute relation, et par cons\u00e9quent toute action, donc tout geste, se traduit en r\u00e9alit\u00e9 corporelle; un geste n'est jamais pur symbole; le geste modifie ce sur quoi il est accompli. La transsubstantiation est concevable dans le sto\u00efcisme pr\u00e9cis\u00e9ment parce que l'id\u00e9e de substance a disparu, ou tout au moins est devenue tr\u00e8s diff\u00e9rente de ce qu'elle \u00e9tait dans le g\u00e9om\u00e9trisme platonicien ou la pens\u00e9e d'Aristote. De m\u00eame, la forme civique du Sto\u00efcisme latin peut se comprendre comme une cons\u00e9quence de ce caract\u00e8re r\u00e9el de la relation; le masque du r\u00f4le est aussi r\u00e9el que le visage de l'individu qui le porte. Cette profonde ambigu\u00eft\u00e9 du Sto\u00efcisme provient du fait que l'individu est un \u00eatre singulier mais non une substance. Tous les efforts qui ont \u00e9t\u00e9 faits \u00e0 partir de la pens\u00e9e sto\u00efcienne pour d\u00e9finir la r\u00e9alit\u00e9 individuelle sont grev\u00e9s de cette difficult\u00e9 fondamentale: pour que l'individu atteigne son accomplissement, il faut que la suite de ses actes et de ses \u00e9tats s'ordonne de mani\u00e8re rigoureuse; mais cet ordre temporel doit se faire en d\u00e9finitive par rapport \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, qui est le monde; il faut donc cr\u00e9er une th\u00e9orie du temps qui enferme la succession des instants dans une forme d\u00e9finie; le futur lui-m\u00eame doit faire partie de cette n\u00e9cessit\u00e9 du temps; la succession devient un d\u00e9roulement, et la vie de l'individu est tout enti\u00e8re contenue en elle-m\u00eame: chaque \u00eatre vit sa destin\u00e9e, et la destin\u00e9e est \u00ab quasi rudentis explicatio \u00bb, comme le d\u00e9roulement d'un c\u00e2ble enroul\u00e9 autour d'un cabestan, lorsque les marins mettent le navire \u00e0 la mer: les n\u0153uds, les taches, les accidents du c\u00e2ble apparaissent bien lorsque le c\u00e2ble se d\u00e9roule; mais ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 contenus et pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s dans les spires enroul\u00e9es sur le cabestan. Il reste une certaine artificialit\u00e9 dans cette vie de la persona; quelque chose demeure insatisfait en l'\u00eatre humain qui ne peut s'accepter enti\u00e8rement comme un donn\u00e9. La singularit\u00e9 de l'individu est sauv\u00e9e par les Sto\u00efciens, mais au m\u00e9pris de la substantialit\u00e9. (Simondon 2005 [1958]:394-7)\n\nSIMONDON, Gilbert. 2005 [1958]. <em>L&#8217;individuation \u00e0 la lumi\u00e8re des notions de forme et d&#8217;information<\/em>. Grenoble: \u00c9ditions J\u00e9r\u00f4me Millon.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&#8217;est une nouvelle physique qui prend naissance avec les Sto\u00efciens, celle du m\u00e9lange total; la conception platonicienne des \u00e9l\u00e9ments form\u00e9s de t\u00e9tra\u00e8dres r\u00e9guliers eux-m\u00eames constitu\u00e9s de triangles \u00e9l\u00e9mentaires, de m\u00eame que la conception aristot\u00e9licienne du lieu propre donnaient \u00e0 chaque corps une r\u00e9elle imp\u00e9n\u00e9trabilit\u00e9; un corps ne pouvait pas \u00eatre autre chose que ce qu&#8217;il \u00e9tait; de plus, le g\u00e9om\u00e9trisme [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":1212,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-1506","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.laspa.slg.br\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1506","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.laspa.slg.br\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.laspa.slg.br\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.laspa.slg.br\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.laspa.slg.br\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1506"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.laspa.slg.br\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1506\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1507,"href":"https:\/\/www.laspa.slg.br\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1506\/revisions\/1507"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.laspa.slg.br\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1212"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.laspa.slg.br\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1506"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}